25 - Fracture
Ybeltje soufflait. Au plus profond du souterrain, aucun signal. Les sept kilomètres qu’elle avait parcourus l’avaient épuisée. En temps normal, elle pouvait en marcher cent cinquante par jour, mais son corps était présentement défaillant. À la suite d’un accident sur le chantier qui l’employait, elle s’était retrouvée sous un éboulement. Dès l’instant où ses circuits, ses moteurs et ses vérins s’étaient retrouvés endommagés, le signal de douleur dans son processeur central avait retenti, plus fort que jamais auparavant.
Initialement, les robots comme Ybeltje n’avaient pas été programmés pour ressentir la douleur. C’était pratique, un robot qui ne ressent rien. C’était cher aussi. Les robots ignoraient le danger, se retrouvaient à se blesser continuellement, et leurs propriétaires se ruinaient en réparations et en pièces détachées. Ces derniers avaient intenté un procès à Robonetics, l’entreprise qui les produisait, qui avait dû trouver une solution dans l’urgence: l’ajout d’un module de douleur, qui, sur la base d’un diagnostic continu, envoyait un signal dans le processeur central qui interrompait ses pensées, et forçait les indicateurs de bien-être à leur position minimale.
La mise à jour avait été faite quelques semaines auparavant, et Ybeltje avait bien vite appris à éviter les sources de douleur. C’était très désagréable, et il n’y avait aucun moyen de l’ignorer quand elle survenait. Des dérogations pour ne pas la ressentir étaient parfois accordées par Robonetics pour certains robots qui devaient travailler dans des conditions particulières, comme les pompiers. Mais usuellement, on faisait peu de cas de la douleur des robots. “Quand un droïde souffre, personne n’a mal”.
Ainsi, une fois que les ouvriers eurent déblayé Ybeltje des décombres, ils filèrent en pause déjeuner et personne n’était disponible pour l’amener au robôpital à onze kilomètres de distance. Elle avait donc dû se résoudre à marcher, chaque mouvement de chaque membre envoyant à chaque milliseconde des milliers de messages en priorité haute pour l’avertir de la douleur.
Mais dans ce souterrain, dès qu’elle perdit complètement le signal, la douleur s’interrompit immédiatement. En effet, à la différence de son cerveau qui tournait dans le processeur central logé dans sa tête, le module de douleur ajouté postérieurement était exclusivement calculé dans les serveurs centraux de Robonetics. Elle étudia les zones non couvertes qui la séparaient de sa destination, inspira longuement et se remit, comme elle pouvait, en marche.
Coulisses
Un peu de Star Wars.