07 - Panique

Alors que toutes les sirènes, gyrophares et alarmes sonnaient dans une discorde assourdissante, Geovanna prit une longue respiration. Paniquer ne servirait à rien.

Dans ce petit centre de contrôle niché au troisième sous-sol du Bureau de la Réalité, elle s’était mise dans une situation, disons, pour le moins cocasse. Elle avait accepté de remplacer sa collègue au pied levé, et avait reçu des instructions sommaires, consistant principalement à ne toucher à rien.

Ce poste qui, suite à une coupe budgétaire, n’était plus depuis quelques mois pourvu que par une seule personne, consistait à surveiller les principaux indicateurs de l’univers, et d’ajuster les constantes fondamentales en fonction des besoins. Depuis le Big Bang, la console n’avait été activée que quelques fois seulement, pour changer la vitesse d’expansion de l’univers. Autant dire que l’urgence n’était pas le quotidien de cette administration. En revenant des toilettes, Geovanna s’était pris les pieds sur la marche à l’entrée et s’était machinalement rattrapée aux boutons du panneau de commande, en en déréglant une bonne partie. D’où: sirènes, gyrophares et alarmes.

Geovanna se mit au travail pour tenter de réparer la bourde. D’abord: les constantes primaires. La vitesse de la lumière était actuellement réglée à quatorze kilomètres par heure. Elle était à peu près sûre que la valeur originale était plus élevée, mais de combien ? Elle tourna la molette un peu aléatoirement, tentant de se souvenir de ses cours de physique. Ça remontait à plusieurs éons. Elle choisit quelque chose qui lui semblait bien. Elle enchaîna sur la fréquence de transition hyperfine du césium 133. Puis la constante de Planck. Trou de mémoire. Elle se souvenait assez bien des chiffres de la constante, mais incapable de dire l’échelle. Immensément petit ou immensément grand ? Elle en choisit un aléatoirement, et continua.

À mesure qu’elle rétablissait les valeurs, les alarmes s’éteignaient. Elle reprenait confiance en elle. Elle passa aux constantes secondaires: la vitesse de pousse des cheveux en mètres par seconde (zéro virgule quelque chose ?), le nombre adéquat d’oreillers avec lequel on dormait bien (définitivement deux), la couleur de la robe (bleue et noire), la réponse à la grande question sur la vie, l’univers et tout le reste (quarante-deux ? Ou quarante-huit ? Ou bien était-ce trente-sept ? Va pour trente-sept). Quand la dernière alarme se fut éteinte, Geovanna souffla. Elle espérait que son aventure passerait inaperçue, elle pourrait avoir des ennuis, sinon.

Le bâtiment, préservé de ses propres effets, errait à présent seul dans l’univers. Toutes les étoiles éteintes. Toutes les formes d’énergie dissipées.

Coulisses

Évidemment et évidemment et évidemment

J’ai hésité sur les constantes secondaires, je pense pas que ça apporte beaucoup mais ça me faisait rigoler.