17 - Appareil

Qamar feuilletait le manuel, à la recherche d’une solution. Les pleurs déchirants de sa fille l’empêchaient de se concentrer.

Un parquet délicat et des meubles modernes en bois massif décoraient la vaste pièce au centre de laquelle flottait une majestueuse sphère bleue d’environ deux mètres, créant un contraste élégant. Qamar l’avait baptisée “la Terre” en référence à la couleur de la terre de son jardin qui, à l’instar de la majorité des paysages locaux riches en cobalt, offrait une teinte bleutée. Elle en avait fait l’acquisition lorsqu’elle avait eu son premier enfant. Elle souhaitait pouvoir l’aider à s’endormir en lui racontant de belles histoires, mais n’était elle-même aucunement dotée en imagination, ce qui limitait grandement ses capacités. Elle avait pensé simplement à acheter des livres, mais elle trouvait cela un peu trop simple. De surcroit, elle préférait l’idée de pouvoir raconter à sa fille des contes et légendes qu’elle avait elle-même écrits.

La technologie des micro-planètes était mature depuis quelques années, Qamar avait franchi le pas et avait équipé l’une des pièces inutilisées de sa grande maison. L’installation par un artisan expérimenté, un grand type barbu, avait pris près d’une semaine. L’appareil avait, dès lors, rempli ses promesses. Elle passait tous les jours une demi-heure à observer la planète, s’en occuper, régler les petits problèmes, écouter les minuscules créatures à la surface. Cela infusait son imagination et lui avait permis, pendant toute l’enfance de sa première fille, de lui raconter tant d’histoires.

La “Terre” avait été un peu laissée à l’abandon entre ses deux enfants, mais avec l’arrivée de sa seconde fille, elle reprenait du service. Sauf que cette fois-ci, plus rien ne marchait. Le climat était tout déréglé, les gens s’entre-tuaient, bref, elle avait, semble-t-il, un problème de techno-fascisme. Comme la Terre n’était plus sous garantie et que le constructeur n’assurait plus le support, Qamar devait se débrouiller seule, et cherchait donc dans le manuel s’il y avait quelque chose à ce sujet. Chou blanc.

Elle s’en remit donc à sa solution habituelle pour tous les soucis dans la maison: vaporiser du dégrippant.

Coulisses

J’aurais, à pas grand-chose près, pu raconter l’histoire de Houra pour le mot du jour.