19 - Déboussolée
C’était habituellement la partie préférée du trajet de retour de Salomėja: après une journée à l’usine, elle faisait un petit détour par l’étang. Ce petit coin de nature préservé, dans le grand parc de la ville. Les grenouilles qui barbotaient avec les poissons, après une journée dans les pistons et les engrenages, ça l’apaisait.
La ville était atteinte d’un mal étrange: les immeubles y poussaient comme des champignons: littéralement. Salomėja l’avait déjà constaté à trois reprises, du jour au lendemain, la disparition de sa chère bibliothèque municipale, remplacée par une barre d’immeuble, son fleuriste remplacé par un hypermarché et la petite halle aux vêtements devenue une gare routière.
Elle fut rassurée de retrouver le parc, l’étang, les grenouilles et les poissons. Un jeune garçon jetait les petits bouts de pain aux canards. Elle resta là un moment. Le soir tombait. Elle se remit en route. C’est sa maison, par contre, qui avait été remplacée par un concessionnaire automobile. Elle fit plusieurs fois le tour du pâté de maison pour s’en convaincre, mais elle en était certaine: c’était bien la bonne rue.
« Oui, c’est Sanna, je voulais juste te dire: on l’a retrouvée tout va bien. Non pas au parc, non, elle était revenue à sa maison des années 70, comme tu m’avais dit. »
Coulisses
Désolé, j’ai refait Bichette.