03 - Miniature

Chiara actionna l’interrupteur du sous-sol. Les néons froids s’allumèrent un par un, éclairant les deux parties du gigantesque sous-sol: le laboratoire d’un côté, et de l’autre, la grande maquette de sa ville et du chemin de fer qui la traversait. La maquette de presque vingt mètres de large était impressionnante.

Même si elle ne savait pas réellement comment elle était arrivée là, elle avait rapidement compris que son rôle était d’étudier et de comprendre la maquette autant que d’en prendre soin. Deux observations avaient permis de l’en convaincre. Tout d’abord, elle avait repéré son avatar dans la maquette, une petite figurine animée haute comme un pouce, qui étudiait la maquette dans la maquette, une minuscule ville d’à peine vingt centimètres de large. En second lieu, la ville dans laquelle Chiara vivait était elle-même entretenue et étudiée par une géante de plusieurs centaines de mètres de haut qui lui ressemblait, et qu’elle apercevait occasionnellement à l’horizon.

Elle avait rapidement pu déterminer que les limites physiques empêcheraient le motif de se reproduire à l’infini vers le petit: quand la maison qu’elle occupait serait représentée par un seul atome, il ne serait pas possible qu’elle contienne une maquette miniature plus petite.

Vers l’infiniment grand, par contre, c’était l’inconnu. Elle savait qu’elle avait une géante un niveau au-dessus d’elle, ce point était simple. Elle avait installé des télescopes sur les toits et avait pu déterminer en observant hors de la cave géante par une lucarne la présence d’une géante deux niveaux au-dessus, d’une taille estimée à vingt kilomètres de haut. Des analyses sismologiques et gravitationnelles pointaient vers l’existence probable d’au moins un niveau supérieur.

Évidemment, en tant que chercheuse, Chiara était curieuse de tout et se posait mille questions. Comment la biologie pouvait-elle autoriser des êtres mobiles aussi grands ? Le cerveau un demi-million de fois plus volumineux de sa géante lui permettait-il des réflexions d’un ordre supérieur ? Peut-être avait-elle déjà compris le sens de tout cela. Peut-être même pourraient-elles communiquer un jour.

Chiara était probablement la plus petite version d’elle-même capable de mener des recherches poussées, alors elle s’installa à son bureau dans le laboratoire. L’analyse d’une cellule de peau morte, de la taille d’un petit caillou, trouvée dans son jardin la veille allait forcément lui livrer des secrets.