20 - Salon
Tessie était se déplaçait avec élégance dans le grand salon cossu. Toutes et tous étaient affublés d’un costume élégant adapté à leur morphologie: deux bras, trois tentacules, et toute la diversité des planètes habitées. Certains portaient de grands plateaux garnis de petits fours. Celui qui occupait le piano avait sept mains réparties sur quatre appendices, et jouait un jazz complexe et intriguant.
Le conglomérat avait initialement eu des vues sur la Terre, et avait tenté les différentes approches au cours des quarante dernières années pour la conquérir. Par la force, par la ruse, en diffusant des fausses informations et de vrais virus. À chaque fois, l’habileté des humains avait prévalu. Ils étaient tenaces. Pire: ceux-ci s’étaient vengés sur des planètes du conglomérat: œil pour œil, dent pour dent. Les pertes étaient importantes, et le conglomérat commençait à craindre que les humains ne passent eux-mêmes à l’offensive.
Ils avaient donc chargé Tessie de mettre en œuvre un plan plus radical, la destruction de la Terre. Le conglomérat ne s’était jamais interdit ce genre d’options, mais n’avait jamais eu non plus à en arriver à de telles extrémités. Leurs méthodes usuelles, aussi mortifères fussent-elles, laissaient habituellement les planètes elles-mêmes indemnes. Mais cette fois-ci c’en était trop. Une grande explosion qui réduirait la planète à néant, voici qui promettait un beau spectacle. C’est à cette occasion que Tessie avait affrété une station spatiale de luxe, orbitant à côté de la Lune, avec un pont d’observation offrant une vue imprenable sur la Terre. Elle y avait organisé un bal costumé ayant pour thème les cultures terriennes. Dans le grand salon d’apparat, les pontes du conglomérat discutaient en attendant le feu d’artifice.
Quand Tessie se leva, prononça un discours et appuya sur un bouton, le feu d’artifice commença. Évidemment, les humains avaient déjoué le plan et ce fut la station qui explosa. Mais tous les humains sur le bon hémisphère profitèrent du spectacle.