09 - RAM
Irmela regardait son appartement, et ses quelques possessions clairsemées: un ordinateur désossé, trois livres de philosophie sur une étagère, une plante qui avait connu des jours meilleurs, un canapé miteux faisant office de lit, une multiprise et un cendrier, qui ne servait qu’aux rares invités puisqu’elle ne fumait pas. Il ne lui restait définitivement plus grand-chose à vendre pour pouvoir payer le loyer et l’électricité en attendant son chèque.
Elle avait tiré toute la patience qu’elle pourrait de son bailleur. Elle n’en attendait aucunement de la société l’électricité dont l’algorithme couperait le compteur à la première seconde où sa facture serait en retard. Au chômage depuis plusieurs années, son chèque, elle l’attendait de son ancien employeur qui, non content de l’avoir virée, avait dézingué sa réputation dans toute l’industrie, lui fermant la porte pour tout autre contrat. Évidemment, il était en tort. Évidemment, elle l’avait traîné en justice, et avait même obtenu gain de cause. Et évidemment, il tardait à présent à payer les dommages et intérêts, un montant suffisant pour assurer à Irmela un niveau de vie décent pendant plusieurs années. Mais pendant que son ex-patron jouait la montre, les créanciers d’Irmela, eux, s’impatientaient. Elle devait trouver quelque chose à leur donner.
Au marché noir, on pouvait tout acheter, et tout vendre. Et la rareté faisait monter les prix. Depuis l’avènement de l’ère de l’IA, trois décennies auparavant, le prix de la RAM qui s’était envolé n’était jamais réellement redescendu. C’était donc la seule chose qu’il restait à Irmela. Dans une ruelle sombre, elle s’affairait à négocier le prix de la dernière barrette de RAM de son ordinateur. Deux téraoctets, ça devrait bien couvrir un mois de loyer non ? Non. L’acheteur, un homme peu affable au visage émacié, ne lui en offrait que 700 crédits. Il lui en fallait absolument le double. Elle n’avait pas le choix. Soit.
Elle posa son doigt à la tempe pour entrer dans son menu, et sélectionna un modèle moins intelligent, moins vif, plus naïf, mais beaucoup moins gourmand en mémoire. Ensuite, en appuyant sur son bras, elle fit glisser le cache qui recouvrait l’emplacement de ses deux propres barrettes de RAM et en retira délicatement une.
Coulisses
Je me suis demandé si le fait de ne pas mentionner de micro-ondes dans l’appartement, mais d’insister sur l’électricité rendait la chute évidente.