04 - Cactus
Deepali, comme à son habitude, emballait méthodiquement la plante, d’un geste lent et sûr, tournant et retournant, marquant le pli, afin que les couleurs et les textures des papiers choisis s’harmonisent. Un papier rouge, rugueux, une feuille iridescente lisse, une feuille d’un blanc un peu cassé au touché strié. Avant de plaquer le dernier pli, celui qui fermerait l’emballage, elle glissa la petite enveloppe qu’elle avait préparée et la planta sur la plus saillante épine du cactus.
Elle repensait aux différentes étapes de sa relation avec Dani, qui au fil des années avait souvent été rythmée par des offrandes végétales, dans un sens ou dans l’autre. Parfois un peu cryptiques, mais toujours symboliques, ces cadeaux avaient accompagné les grands évènements de leur vie commune. Dani lui avait offert un Tillandsia quand Deepali avait décroché son diplôme en sorcellerie occulte, Deepali lui avait offert un Zamioculcas le jour où Dani avait entamé son premier poste d’analyste dans une grande banque.
Les années avaient passé, les plantes avaient grandi, certaines avaient flétri, comme l’amour de Dani pour Deepali, et cette dernière avait décidé de mettre un terme à leur relation. Pour Deepali, le fait que Dani ait tenté d’avoir une relation extra-conjugale et de le lui cacher était la goutte d’eau. Dani avait fait montre de si peu d’attention que Deepali n’avait même pas eu besoin de recourir à la divination pour le découvrir: c’était presque comme si Dani n’essayait pas réellement de s’en cacher, mais tout en lui mentant éhontément.
Sa décision prise, Deepali avait déménagé toutes ses affaires du foyer, et mettait la dernière touche à son ultime cadeau de départ, une dernière plante pour lui dire adieu. Comme la subtilité ne lui seyait guère, elle avait choisi un majestueux cactus pour illustrer sa décision. Et au cas où le message ne serait pas assez clair, la lettre épinglée dessus portait en elle un sort qui transformait qui la lirait en ballon de baudruche.
Coulisses
Tillandsia: “fille de l’air”, autonomie, liberté, adaptabilité. Totalement la sorcière sur son balai, genre Kiki.
Zamioculcas: Surnommé “plante-argent” ou “arbre à dollars”
Aussi tout est écrit pour ne pas genrer Dani (prénom épicène). Vous aviez quel genre en tête en le lisant ?