26 - Code postal
On aurait pu croire que les humains, créatures sociales, étaient définies par leur besoin de communiquer. C’est comme ça que ça avait commencé. Bon, au début, c’était simple, ils s’envoyaient du papier. Une adresse, un pays, un code postal. Puis, ils étaient passés aux octets. Les codes postaux étaient devenus des adresses IP. À mesure que tous les humains se connectaient, ils avaient manqué d’adresses IP et avaient ajouté des chiffres. Puis à nouveau.
Lorsque les différentes planètes habitées avaient été interconnectées, le système avait dû se complexifier, mais pas autant qu’une fois commencée l’exploration des mondes parallèles, puisqu’il y en avait une infinité. Et quand avait fallu donner une adresse aux vaisseaux en mouvement qui traversaient l’univers à la vitesse de la lumière en traversant les trous noirs, l’idée d’un code simplement numérique était devenue obsolète. Le système de code “postal” avait alors été retravaillé pour y inclure une partie dynamique: le code postal était devenu un code logiciel. Plus aucun humain n’y comprenait rien, mais cela faisait belle lurette que seules les machines en avaient besoin. En 2239, Zoeya Dravik fut la dernière humaine récipiendaire du prix Nobel de Code-Postalogie.
Lorsque la physique unifiée a inclus les différents plans astraux et les entités d’ordre supérieur, les codes avaient dû évoluer à nouveau, devenant des systèmes d’exploitation à part entière, puis de véritables systèmes autonomes. Au siècle suivant, apparurent les codes postaux qui simulaient des univers entiers, eux-mêmes munis de leurs propres codes postaux. Le code lui-même permettait l’exitance de milliards d’individus simulés, mais paradoxalement, la notion même d’envoi d’un message qui serait lu par quelqu’un d’autre ne relevait plus alors que de l’expérience de pensée philosophique.